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Ringo Starr et sa batterie Ludwig, au cœur du groove des Beatles

Ce qu’il faut retenir
  • En 1963, Ringo Starr achète à Londres un kit Ludwig Downbeat en finition Oyster Black Pearl, qui devient la batterie la plus célèbre du rock.
  • Le passage des Beatles au Ed Sullivan Show en février 1964 fait exploser les ventes de Ludwig, dont l'usine tourne alors jour et nuit.
  • Gaucher sur un kit de droitier, Ringo invente des roulements décalés qui donnent leur swing si particulier à Rain ou Come Together.
  • Son premier kit Ludwig s'est vendu plus de 2 millions de dollars en 2015, un record pour une batterie aux enchères.

9 février 1964, New York. Quatre Liverpuldiens en costume attaquent All My Loving devant 73 millions de téléspectateurs. Sur une estrade, derrière eux, un batteur à la coupe au bol secoue la tête en souriant. Sur la peau de sa grosse caisse, deux noms : Ludwig, et juste en dessous, The Beatles.

Ce soir-là, Ringo Starr tient le tempo du groupe le plus attendu de la planète. Sans le savoir, il fait aussi vendre des milliers de batteries. On a longtemps présenté Ringo comme le Beatle chanceux, celui qui était au bon endroit au bon moment. Il suffit de réécouter Rain ou Come Together pour balayer cette idée. Voici l'histoire d'un gamin de Liverpool et d'une batterie américaine qui ont, ensemble, posé le tempo des Beatles.

De Dingle à Hambourg, la jeunesse de Ringo Starr

Richard Starkey naît le 7 juillet 1940 à Dingle, un quartier ouvrier de Liverpool. Son enfance se passe en grande partie à l'hôpital : une péritonite à six ans, puis une tuberculose à treize ans qui le cloue au sanatorium. C'est là, dans l'orchestre improvisé des jeunes patients, qu'il frappe ses premières percussions. Il en ressort avec une idée fixe : jouer de la batterie.

À la fin des années 50, il joue dans les groupes de skiffle de Liverpool, puis rejoint Rory Storm and the Hurricanes. C'est là qu'il gagne son surnom, à cause des bagues qu'il empile aux doigts. Le groupe fait la saison à Hambourg, en même temps que les Beatles, et les musiciens se croisent dans les clubs de la Grosse Freiheit. En août 1962, John, Paul et George remercient Pete Best. Ringo prend sa place, et joue son premier concert avec eux le 18 août.

Bon à savoir

Sur le single Love Me Do, enregistré le 11 septembre 1962, ce n'est pas Ringo qui tient les baguettes. Le producteur George Martin fait appel au batteur de studio Andy White, et Ringo se contente du tambourin. Une version avec lui à la batterie, enregistrée une semaine plus tôt, sort sur les premiers pressages du 45 tours.

1963 : Ringo Starr choisit un kit Ludwig chez Drum City

Au printemps 1963, les Beatles gagnent réellement leur vie. Ringo joue alors sur une batterie Premier, une marque anglaise. Il pousse la porte de Drum City, la boutique d'Ivor Arbiter à Londres, et repère un kit américain dans une finition qui lui tape dans l'œil. Ce sera une Ludwig Downbeat Oyster Black Pearl : grosse caisse de 20 pouces, tom de 12, tom basse de 14, avec une caisse claire Jazz Festival.

Reste la peau de grosse caisse. Brian Epstein veut le nom du groupe, Ringo veut garder le logo Ludwig. Arbiter griffonne un dessin qui loge les deux, avec ce T qui descend sous la ligne. Le logo « drop-T » des Beatles est né sur un coin de comptoir. Le kit entre en scène en mai 1963 et sert sur plus de 200 concerts jusqu'en février 1964. Aujourd'hui encore, les kits de batterie Ludwig en finition nacrée gardent l'empreinte de ce choix.

Le format de Ringo en 1963, on le retrouve presque trait pour trait dans ce Classic Maple 20/12/14 : grosse caisse de 20 pouces, tom de 12, tom basse de 14, et une finition Vintage Black Oyster qui assume l'héritage. Les fûts sont en érable nord-américain, fabriqués aux États-Unis.

Le tom est monté sur le système Atlas Mount, qui le laisse résonner librement, et les cercles triple flanged donnent un sustain chantant. Avec des peaux sablées et un accordage grave, tu tiens une base très proche du son des premiers albums.

Points forts

  • Configuration 20/12/14 fidèle aux kits des années 60
  • Fûts Classic Maple fabriqués aux États-Unis
  • Suspension Atlas Mount pour un tom qui respire

Points faibles

  • Livré sans caisse claire, à choisir à part

9 février 1964 : le soir où Ludwig a changé de dimension

Ce dimanche soir, environ 73 millions d'Américains regardent les Beatles chez Ed Sullivan. La caméra cadre souvent Ringo, perché sur son estrade, et le logo Ludwig s'affiche en gros plan dans tous les salons du pays. William F. Ludwig, le patron de la marque, le résumera ainsi : « Littéralement du jour au lendemain, tout le monde voulait une batterie comme celle de Ringo. »

L'usine de Chicago passe à un rythme de 24 heures sur 24, et le chiffre d'affaires double. La finition Oyster Black Pearl devient la plus demandée du catalogue, et des milliers de groupes de garage se montent autour d'une batterie noire nacrée. En septembre 1964, à Chicago, la famille Ludwig remercie Ringo en lui offrant une caisse claire plaquée or, pièce unique que le Metropolitan Museum de New York a exposée en 2010.

Pour les grandes salles des tournées, Ringo passe ensuite à un Super Classic, avec une grosse caisse plus large. Le principe ne change pas : un kit à quatre fûts, des cymbales Zildjian, et une pédale Ludwig Speed King sous le pied droit.

Le jeu de Ringo : un gaucher sur un kit de droitier

Pour comprendre le style de Ringo, il faut regarder ses mains. Il est gaucher, mais joue sur une batterie montée pour droitier. Ses roulements partent donc souvent du tom basse vers la caisse claire, à l'envers de la logique habituelle. Il le dit lui-même avec humour : « Je suis ton batteur de base, avec des roulements bizarres parce que je suis gaucher sur un kit de droitier. »

Ces roulements « bizarres » sont devenus sa signature. Écoute le pattern de toms de Come Together, la grosse caisse décalée de Ticket to Ride, ou les roulements lents et lourds de A Day in the Life. Ringo ne cherche jamais la démonstration : il joue pour la chanson, avec un tempo solide et un placement légèrement en arrière du temps qui donne du poids à chaque morceau.

Il tient ses baguettes en matched grip, les deux mains dans la même position, quand la prise traditionnelle domine encore chez les batteurs de jazz. Des millions de jeunes batteurs l'ont vu à la télévision et ont fait pareil. Si tu veux retrouver la sensation, les baguettes Zildjian Signature Ringo Starr en hickory, avec leur olive ovale en bois, sont un bon point de départ.

Pro Tips
  • Pour approcher le son de Ringo, accorde tes toms assez bas et étouffe-les avec un torchon posé sur la peau.
  • Joue les roulements en partant du tom basse vers la caisse claire, pour retrouver ce décalage si particulier.
  • Reste légèrement en arrière du temps sur la caisse claire : c'est là que se cache le groove des Beatles.

Le son de Ringo Starr en studio, de Revolver à Abbey Road

À Abbey Road, la batterie de Ringo évolue avec les ambitions du groupe. Sur Revolver, en 1966, l'ingénieur Geoff Emerick rapproche les micros des fûts et bourre la grosse caisse d'un pull en laine. Le son devient plus serré, plus mat, très en avance sur son temps. C'est aussi l'année de Rain, que Ringo considère comme son meilleur enregistrement. Il dira avoir eu l'impression que « quelqu'un d'autre jouait ».

À la fin des années 60, Ringo étouffe ses toms avec des torchons pour obtenir ce son sourd et boisé qu'on entend sur l'album blanc et Abbey Road. Sur The End, en 1969, il enregistre le seul solo de batterie de toute la discographie des Beatles, lui qui détestait les solos.

Le kit Ludwig Hollywood du concert sur le toit

En septembre 1968, Ringo reçoit un nouveau kit : une Ludwig Hollywood en érable naturel, finition Thermogloss. C'est elle qu'on voit le 30 janvier 1969, sur le toit d'Apple à Londres, pour le dernier concert public des Beatles. Le kit est livré avec une caisse claire Supraphonic, mais Ringo garde souvent sa vieille Jazz Festival de 1963. La Supraphonic, elle, devient l'une des caisses claires Ludwig les plus enregistrées de l'histoire.

La Supraphonic LM400 reprend le format 14 x 5 pouces le plus emblématique de la série. Son fût en aluminium Ludalloy de 1,7 mm sans soudure, avec un raidisseur central, donne une attaque rapide, un médium clair et une brillance maîtrisée.

Les 10 tirants Imperial permettent une tension précise, et les cercles acier triple flanged de 2,3 mm facilitent les rimshots. Une caisse claire facile à placer dans un mix, en studio comme sur scène.

Points forts

  • Fût Ludalloy sans soudure, réponse rapide et définie
  • Format 14 x 5 polyvalent, du jazz au rock
  • Accordage stable avec 10 tirants Imperial

Points faibles

  • Son brillant à dompter avec un peu d'étouffement pour un rendu sixties

La fausse citation qui a collé à Ringo

On attribue souvent à John Lennon la phrase « Ringo n'est même pas le meilleur batteur des Beatles ». Lennon ne l'a jamais dite. Le biographe Mark Lewisohn a retrouvé son origine : un sketch de l'humoriste anglais Jasper Carrott, au début des années 80. La blague a pourtant collé à Ringo pendant des décennies.

Les batteurs, eux, savent. Ringo a été anobli en 2018, intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en solo en 2015, et il tourne toujours avec son All Starr Band. Son premier kit Ludwig, celui des 200 concerts de 1963, s'est vendu environ 2,2 millions de dollars chez Julien's en 2015, record absolu pour une batterie.

Le conseil Woodbrass

Pour retrouver l'esprit de Ringo, pas besoin d'un kit d'époque. Une configuration à quatre fûts avec une grosse caisse de 20 pouces, des peaux sablées accordées grave et un peu d'étouffement suffisent. Le reste se joue dans les mains : simplicité, placement, et la chanson avant tout.

Au fond, la leçon de Ringo tient en une phrase : un bon batteur sert la musique avant de se servir lui-même. Ressors Rain, monte le volume, et écoute ce que fait la caisse claire. Tu entendras pourquoi les Beatles n'auraient pas sonné pareil avec un autre derrière les fûts.

Sources