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« Quand musique et danse se rencontrent parfaitement, on crée des moments uniques » - Tales S2 Ep 8 Dj One Up

DJ, compositeur et curateur musical, Dj One Up a d’abord connu la musique par la danse. Originaire de Poitiers, il grandit entre la guitare de son père, la collection de vinyles familiale et des oncles et tantes qui écumaient les concours de danse des boîtes de nuit des années 80. Il est breaker de 1998 à 2001, avant de découvrir en 2000 les platines vinyles d’un ami, le scratch et le contrôle manuel de la musique. En 2003, on l’appelle pour mixer son premier battle de danse : il sait à ce moment-là ce qu’il veut faire.

Arrivé à Nantes en 2007, il en fait son métier à temps plein en 2009. Le festival Hip Hop Session lui sert de rampe de lancement, jusqu’à une résidence de quinze ans, aux côtés de DJs qui l’ont inspiré comme DJ Ben, Billy Brown ou DJ Renegade. Suivent l’international, l’événement Evolution à New York, puis deux projets d’ampleur : la curation musicale du breaking aux Jeux Olympiques de Paris 2024, près de 400 morceaux pensés par décennies, et la direction artistique d’une vingtaine de titres originaux créés à Tokyo avec treize musiciens japonais pour le Red Bull BC One.

Dans cet épisode de Tales, il revient sur le concert de Joe Cocker qui l’a bouleversé à huit ans, sur la reconnaissance des pairs dans une culture de compétition, sur l’équilibre entre crew et originalité, sur la patte française du DJing de battle, et sur ce qui se joue entre le DJ et le danseur dès les premières secondes d’un morceau.

Dj One Up - DJ, compositeur et curateur musical

L’interview Tales

Si tu remontes le plus loin possible, quels sont tes premiers souvenirs de musique ?

J’en ai plusieurs, et ils sont très liés à ma famille. Les premiers souvenirs qui me viennent, ce sont mon père qui joue de la guitare pendant les moments familiaux : les anniversaires, les repas, les réunions avec les cousins, les cousines, les oncles et tantes. C’est vraiment quelque chose qui m’a marqué enfant, qui m’a bercé.

Il y avait aussi une collection de disques vinyles chez mes parents, et une platine Mitsubishi verticale, assez spécifique. On nous apprenait comment poser un vinyle, comment faire attention à la cellule. C’était un apprentissage, presque un rituel. Ces deux choses-là (la musique jouée et la musique écoutée) ont vraiment structuré mon rapport à la musique.

Il y a aussi un souvenir très fort : le concert de Joe Cocker. J’ai huit ans, mon père m’emmène au Futuroscope, près de Poitiers d’où je suis originaire. Je me souviens de chaque minute de ce concert. Je ne m’attendais pas du tout à ce que j’allais ressentir. À cet âge-là, je suis encore très loin de tout ça, je fais du basket, je vis ma vie d’enfant. Et là, je prends une claque émotionnelle.

La musique était donc très présente dans ton environnement familial ?

Oui, de manière naturelle. Je parle souvent de music lovers. Il n’y avait pas de professionnels dans la famille, mais la musique était quotidienne. On dansait beaucoup, notamment du côté de ma mère : mes oncles et tantes étaient danseurs en boîte de nuit dans les années 80, faisaient des concours. La danse était un rapport direct à la musique.

Il n’y avait pas de frontière, rien d’intouchable. On vivait avec la musique. Elle faisait partie du quotidien.

Comment ton parcours évolue-t-il ensuite, de l’écoute à la pratique ?

Il y a d’abord une étape importante : l’autonomie. Le passage du collectif à l’individuel. Les walkmans, les cassettes, puis le Discman, le MiniDisc. Là, je commence à faire mes propres choix musicaux. Mon père écoutait beaucoup de rock, ma mère de la chanson française. Et du côté de mes oncles et tantes, il y avait déjà des prémices de culture hip-hop.

Les disques de De La Soul ou de NWA que j’ai encore aujourd’hui viennent de là. Cette autonomie m’amène naturellement vers la culture hip-hop.

Ensuite, il y a la danse. Avant d’être DJ, j’ai été danseur, breaker. Entre 1998 et 2001, je suis des cours de danse hip-hop dans une maison de quartier, avec ma sœur. C’est mon premier rapport profond à cette culture.

En 2000, je rencontre deux amis proches, Meryl et Florian. Florian a des platines vinyles. Je découvre vraiment le DJing : le scratch, le contrôle manuel de la musique. C’est un moment clé. Ce n’est encore qu’un loisir, mais je sens que ça me correspond à tous les niveaux : musical, technique, émotionnel.

Quand est-ce que ça devient plus qu’un loisir ?

En 2003. On m’appelle pour mixer mon premier battle de danse. Et là, je sais que c’est ça que je veux faire. Pas forcément comme métier à ce moment-là, mais de manière régulière. Je ressens quelque chose de très fort : une combinaison entre maîtrise technique, justesse musicale et retour du public.

À partir de là, je mets beaucoup de choses de côté : le sport, l’école. Je me concentre sur le DJing. En 2007, j’arrive à Nantes. Je commence à faire mes premiers gigs professionnels. En 2009, ça devient mon métier à temps plein.

Entre 2009 et 2015, je développe vraiment mon univers. Je fais des rencontres importantes, je commence à jouer à l’international, dès 2010. Je travaille dans le milieu qui me passionne le plus : le break, les battles, les b-boys et b-girls. Je développe aussi mon travail de compositeur.

Y a-t-il des rencontres ou des événements qui changent réellement la trajectoire ?

Oui, clairement deux.
Le premier, c’est le festival Hip Hop Session à Nantes. En 2008-2009, je mixe les battles qualificatifs. En 2010, l’équipe de Pick Up Productions m’invite à jouer l’événement principal. J’y vais en me disant que ce sera peut-être la seule fois de ma vie.

Après cet événement, ma vie change. Je me retrouve à jouer aux côtés de DJs qui m’ont inspiré pendant des années, comme DJ Ben, Billy Brown ou DJ Renegade. Hip Hop Session m’a mis sur la carte mondiale des DJs de battle. J’y suis devenu résident pendant quinze ans.

Le second moment, c’est l’événement Evolution à New York. C’est ma première fois aux États-Unis. Très peu d’Européens sont invités. Là, je touche quelque chose de magique. Je vois les crews que je regardais sur Internet, le Rocksteady Crew, les premiers danseurs sponsorisés par Red Bull, des DJs internationaux. Je suis à la source. À partir de là, je suis déterminé à ne faire que ça : être DJ et compositeur dans la culture hip-hop.

La validation par les pairs joue un rôle important ?

Énorme. Être reconnu en France, en Europe, et surtout aux États-Unis, ça change beaucoup de choses. Cette culture est compétitive. Il faut faire sa place, prouver ses skills. Cette reconnaissance m’a donné confiance. Elle m’a permis d’oser davantage, de m’affirmer, de ne plus être juste un fan, mais de prendre ma place.

Comment vois-tu l’équilibre entre collectif et individualité dans la culture hip-hop ?

La culture hip-hop est née des crews, des gens qui vivent dans le même quartier, quelquefois dans le même bâtiment. C’est collectif par essence. Mais elle se développe sur un skill fondamental : l’originalité. Même en venant d’un collectif, l’idée n’est pas de copier, mais de créer sa propre identité.

Je n’ai jamais voulu être une copie de quelqu’un. L’idée, c’était d’être moi, en m’inspirant de ceux qui m’ont précédé. Aujourd’hui, ce rapport au collectif se retrouve beaucoup dans la transmission. J’ai reçu énormément. À mon tour, j’essaie de transmettre à la nouvelle génération.

Tu as joué un rôle clé aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Comment cela s’est-il fait ?

J’ai d’abord été sollicité en 2019 pour jouer en tant que DJ sur les qualifications mondiales du breaking. Ensuite, c’est moi qui ai pris contact avec les équipes de Paris 2024. J’ai proposé une réflexion sur la place de la musique dans la discipline.

À l’époque, il n’y avait pas vraiment de sujet musical. Il fallait juste des DJs. J’ai défendu l’idée que le break sans musique n’a pas de sens. Après de nombreuses discussions, on m’a confié la curation musicale.

J’ai proposé un travail par décennies, des années 70 à aujourd’hui, pour montrer l’arborescence musicale du break : funk, hip-hop, rock, musiques d’Amérique du Sud, bossa nova… Au total, près de 400 morceaux. L’idée était de montrer cette richesse aux yeux du monde entier.

Les JO ont-ils changé durablement la discipline ?

Ça a été un coup de projecteur énorme, mais plutôt un flash. La discipline était déjà structurée, avec des événements majeurs. Les JO ont apporté des moyens, du confort, des sponsors. Mais ce sont surtout les événements culturels existants qui continuent à faire vivre la scène.

Dernièrement, tu as assuré la direction artistique du Red Bull BC One à Tokyo.

Ma relation avec Red Bull, et avec le Red Bull BC One en particulier, s’inscrit dans le temps : je travaille avec la marque depuis 2015. Pour l’édition de Tokyo, les équipes basées en Autriche m’ont contacté avec une demande précise : développer une nouvelle génération de morceaux spécifiquement dédiés à la discipline du break.

Le Red Bull BC One, c’est seize danseurs et seize danseuses, les meilleurs au monde à un instant donné. À ce niveau-là, la musique est déterminante. Elle accompagne une performance sous très haute pression, dans un cadre extrêmement codifié.

Pour Tokyo, j’ai assuré la direction artistique d’un projet musical inédit, en collaboration avec treize musiciens, beatmakers et compositeurs japonais. Nous avons travaillé en studio sur place pour créer une vingtaine de morceaux originaux, pensés à la fois pour la compétition et pour les usages médias autour de l’événement.

L’enjeu était de croiser plusieurs univers : des instruments traditionnels japonais, des influences issues de la culture gaming, et les exigences très spécifiques du break en battle. Mon rôle était d’orienter le cadre artistique, de veiller à la cohérence globale, tout en laissant une grande liberté aux artistes.

Ces morceaux ont ensuite été intégrés aussi bien dans la compétition que dans les contenus du Red Bull BC One. C’est un projet que j’aime beaucoup, parce qu’il relie création musicale, culture locale et performance au plus haut niveau.

Existe-t-il une « French Touch » dans le DJing de battle ?

Oui. Il y a une patte française. Un rapport plus organique à la musique, souvent influencé par d’autres cultures, d’autres styles. Personnellement, je suis très marqué par des sonorités du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord. Cette originalité, cette façon de sortir des codes américains, est reconnue depuis longtemps chez les DJs français.

Quelle est ta relation avec les danseurs en battle ?

Le DJ est là pour accompagner la danse, mais pas seulement. Il doit proposer des atmosphères. Dès l’introduction d’un morceau, on sait si ça va fonctionner. Le premier track peut changer la forme d’un battle.

La musique peut sublimer un danseur, l’amener à des endroits qu’il n’avait pas imaginés. Cette responsabilité est forte. Quand musique et danse se rencontrent parfaitement, on crée des moments qu’on n’oublie pas.

Si tu devais imaginer l’événement de break ultime ?

Je retournerais à la source. À New York, dans le Bronx, là où DJ Kool Herc faisait ses premières block parties. Un événement sous forme de jam, dans la rue, avec la crème des danseurs et des DJs. Revenir à l’essence.

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